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mai 16, 2006
La légende d’Alec Bilburne…
Personne d’entre vous n’a certainement déjà entendu parlé d’Alec Bilburn, et pourtant, son nom résonne encore dans les anciens murs de la prison de Rottnest Island…
Il y a 150 ans, les massacres à l’encontre des aborigènes battaient leur plein dans le Sud de l’Australie occidentale. Une puissante famille de colons anglais, la famille Bussel, une des premières à vrai dire à être venu s’installer en Australie pesait de par son influence dans toute la région.
Un jour, un dissident opposa Georges Bussel, alors gouverneur du comté d’Augusta, à Alec Bilburn.
Alec était un aborigène imposant, une figure emblématique de tout un peuple. Il était reconnu parmi les siens pour ses talents de chasseur de kangourou. Il pouvait envoyer sa lance à 75 mètres et atteindre l’animal à la tête afin de le foudroyer littéralement sur place.
Très intègre et meneur d’hommes, ce « guerrier » de 34 ans était respecté de tous. En effet, Alec faisait partie de ces hommes qui, selon la pure tradition aborigène, possédant un fort « Gin », pouvait assurer le fait d’avoir plusieurs femmes.
A l’âge de seize ans, il avait été envoyé seul dans le bush avec sa lance et son boomerang pour accomplir son initiation afin justement de devenir homme. Ce fut avec succès puisqu’il parcouru durant ce voyage initiatique tous les territoires de son peuple, les Wudjari, en se nourrissant exclusivement des plantes du bush, de kangourou qu’il harponnait avec sa lance, mais aussi de l’Emeu qu’il s’amusait à attraper avec génie. L’émeu, cette sorte de grande autruche australienne est un animal très curieux. Alec se cachait alors dans un buisson et tapait longuement sur celui-ci avec une pierre afin d’attirer l’attention de l’animal. Incapable de résister à sa curiosité, l’émeu s’approchait et avançait son long cou au dessus du fourré pour découvrir l’origine de ce bruit. Dans un grand élan plein de vigueur, Alec se jetait au pied de l’animal et avec un bâton très dur d’arbre Jarrah, et il sciait littéralement les pattes de l’animal afin de l’immobiliser. Cette technique ancestrale marchait à tous les coups et lui avait été enseigné par les sages de sa tribu lors d’un « Coroboree », une cérémonie où les anciens apprenaient aux jeunes prêts à réaliser leur voyage initiatique les techniques de chasse et de survie par l’intermédiaire de chants et de danses autour d’un feu.
Lors de ces Coroborees, c’était aussi l’occasion de transmettre toutes les légendes de façon orale afin de conserver la culture et l’histoire de la tribu. Les hommes revêtaient des peaux de kangourou sur le dos afin de se donner courage et arboraient également des peintures sur le corps et fonction des légendes à transmettre. La cérémonie pouvait alors commencer et on entendait déjà le son du Digeridoo imposer le rythme de la soirée, qui se déroulait généralement lors de la pleine Lune.
Une cérémonie telle que celle vécu par Alec Bilburn ce soir-là, dans le but de devenir un homme en accomplissant un long voyage initiatique, était réservée uniquement aux hommes. On lui transmit toutes sortes de connaissances utiles pour son voyage. Il apprit alors les lois qui régissaient son peuple. Ainsi, chez les aborigènes, le mot guerre n’existe pas, et il n’y a pas de prison non plus. Lorsque une personne commettait un délit ou un crime et qu’il était reconnu coupable, il recevait le châtiment correspondant à l’ampleur de sa faute. Ainsi, un voleur devait poser sa main sur une pierre, et la personne volée prenait une autre pierre pour lui briser les phalanges. Lorsque le voleur gagnait d’autres tribus, tout le monde pouvait alors voir, en examinant sa main, qu’il était un voleur. Il y avait également d’autres châtiments. Pour avoir violer une femme, le violeur démasqué passait au milieu d’une double rangée de femmes de la tribu qui le frappait jusqu’à sang à l’aide d’un bâton très lourd et très dur. S’il franchissait cette colonne sans saigner, il devait alors refaire le même tour dans la même double rangée. Les femmes savaient taper exactement où il fallait pour par exemple fêler le crâne de la personne sans la tuer. Si le fautif d’un acte ignominieux s’en sortait et récidivait, il recevait alors les châtiments suprêmes. Dans l’ordre, un jet de lance au dessus du talon d’Achille afin qu’il boîte à vie, et s’il recommençait, un jet de lance entre l’artère fémoral et le muscle iliaque pour ne plus être capable de marcher jusqu’à la fin de ses jours.
Alec Bilburn avait été élevé dans ces règles et n’avait jamais commis de fautes, il était droit, honnête et respecté de tous. Aussi, il avait deux femmes qu’il chérissait et avait eu plusieurs enfants avec elles.
Un jour, Georges Bussel, le colon blanc gouverneur de la région convoqua Alec Bilburn lorsqu’il apprit que ce dernier possédait deux femmes. Il le lui interdit formellement en clamant : « Ce n’était pas dans notre culture blanche, tu dois te plier à nos règles. Chez nous, une femme va avec un homme et c’est tout ».
Il ordonna sur le champ de capturer ses deux femmes et les envoya dans une de ses propriétés aux environs de Margaret River afin qu’elles lui servirent de bonnes. Alec Bilburn fomenta alors sa vengeance, comment des étrangers qui leurs avaient déjà volé toutes leurs terres et sources d’eau pouvaient exiger de se convertir à leurs traditions ?
C’en était de trop pour Alec Bilburne qui revint quelques jours plus tard avec sa lance et transperça d’un seul jet George Bussel en plein cœur durant son sommeil. Il reprit alors ses deux femmes et s’échappa dans le bush…
La rumeur se répandit bientôt dans toute la région du meurtre du gouverneur du comté d’Augusta par Alec Bilburn et de son échappée sauvage. Il fallait le retrouver. C’est alors qu’une véritable chasse à l’Homme fut organisée dans les rangs des colons. On mobilisa cinquante hommes. Comment avait-on pu tuer le si puissant gouverneur George Bussel d’un seul coup de lance en plein cœur ? Ils parcoururent des villages entiers aborigènes qu’ils humilièrent et tuèrent avec sang froid toutes les femmes et les enfants. Il fallait retrouver Alec Bilburn coûte que coûte.
Parcourant le bush qu’il connaissait par cœur, Alec prit connaissance de sa traque par des aborigènes au courant de l’histoire. Tout le monde était pétrifié. Autant les blancs par Alec que les aborigènes par peur des représailles. Alec se demandait comment on avait pu en arriver là ? En effet, pour son peuple, on croyait en la réincarnation des ancêtres sous forme blanche. Ainsi, quand les premiers bateaux, avec leurs grandes voiles blanches, amarrèrent en Australie occidentale, les aborigènes crurent alors en l’arrivée de leurs ancêtres. Ils les accueillirent alors à bras ouvert, même si la langue était différente. Ce n’était pas si grave, on avait aussi chez les aborigènes une légende similaire aux blancs racontant qu’un dieu punirait la folie des grandeurs des hommes en leur imposant un langage différent. La tour de babel.
Ils leur montrèrent alors avec générosité toutes les sources d’eau fraîche mais aussi tout leur savoir concernant la chasse, la pêche jusqu’au cycle des saisons.
Cependant, il s’avéra que ce ne fut pas leurs ancêtres… Après avoir pris connaissance de tous ces lieux « stratégiques », les colons commencèrent à repousser gentiment les aborigènes sur des terres moins fertiles et s’approprièrent toutes les sources d’eau et commencèrent la culture intensive de céréales, de volailles, de moutons,… La tension montait alors de plus en plus et les aborigènes commirent alors des vols mineurs de nourriture pour protester contre cette expropriation forcée. On les jeta alors en prison, tout du moins, on leur fit d’abord construirent des prisons pour les jeter ensuite dedans.
Dans ce contexte, le meurtre de George Bussel par Alec Bilburn avait porté toute la tension à leur apogée entre les deux peuples. Galopant toujours à travers le bush, Alec décida alors de se séparer de ses femmes pour rendre leurs traques encore plus difficiles.
Quelques jours plus tard, les colons retrouvèrent une des femmes. Ils l’attachèrent à un arbre au moyen de cordes et après une séance d’humiliation, de viol et de multiples crachats au visage, ils la décapitèrent d’un seul coup de sabre. Alec Bilburn savait à quoi s’en tenir. On ne retrouva jamais la trace de la deuxième femme qui aurait pris, selon la légende, la direction de Walpole, une commune méridionale d’Australie occidentale.
La traque d’Alec Bilburn ne faiblissait pas, et après quelques jours supplémentaires d’âpre recherches, on le retrouva finalement dans une communauté aborigène où il s’était réfugié. On tua l’ensemble des membres de la tribu et la sentence fut sans appel pour Alec Bilburn : Il sera enfermé à vie dans un cachot de 9 m_ sur l’île de Rottnest Island. Cela servirait d’exemple pour un futur aborigène qui serait « malintentionné »…
Rottnest Island était une île réputée pour être impossible de s’en échapper. D’ailleurs personne n’avait jamais réussi. La force des courants marins et les requins qui bordent l’île en faisait la meilleure prison de l’époque. Séparé de 19 km de Perth, on ne pouvait donc gagner l’île qu’avec le bateau de l’amiral Watson, skipper chevronné qui savait qu’à ce jour, 14 épaves de bateau bordaient déjà les contours de l’île. L’amiral avait la responsabilité de ravitailler l’île en vivre pour les gardiens et les bagnards, mais aussi d’y emmener des prisonniers, dont le tout nouveau et redouté Alec Bilburn.
On jeta ce dernier dans un cachot, et bientôt la nouvelle se répandit et les blancs purent ainsi penser à des jours sous de meilleurs augures.
La vie reprenait alors son long fleuve tranquille, les funérailles du gouverneur Bussel avait été faite en grande pompe et un mémorial fut édifié en son honneur.
Un jour cependant, alors que l’Amiral Watson et son équipage réalisait son voyage quotidien sur l’île, un corbeau se percha au sommet du mât et se mît à croasser sans interruption sous le regard stupéfait des matelots. Il croassait l’animal, il croassait ! Au point d’exaspérer l’ensemble de l’équipage. Un de ceux-ci s’écria alors, non sans une pointe d’ironie et en désignant du doigt la direction du corbeau : « Regardez, c’est Alec Bilburn ! ». L’amiral Watson le toisa sévèrement du regard et un frisson parcoura l’ensemble de l’équipage.
Par mesure de sécurité et mysticisme surtout, on dépêcha quelques hommes pour vérifier le cachot d’Alec Bilburn. On redoutait de plus en plus la puissance spirituelle des aborigènes.
Que fut la surprise générale lorsqu’ils découvrirent le cachot…vide. Alec Bilburn avait disparu… Un mouvement de panique s’empara d’emblée de la ville de Perth et quelques jours plus tard, tout le monde su la nouvelle : Les gazettes affichaient en titre « Alec Bilburn a disparu ! Alec Bilburn a disparu ! ». Une récompense de 500 dollars fut offerte à celui qui retrouverait la trace d’Alec Bilburn, mort ou vif…
Alec quant à lui savait où il était. Il avait attendu soigneusement son heure en observant la lune par la lucarne de son cachot et avait attendu le moment propice en rusant les gardes lorsqu’ils vinrent lui apporter sa ration de nourriture. Il s’était alors échappé à marée basse et sans lune car il savait les requins tranquille à ce moment là.
Les représailles furent sévères. Par vengeance, il transperça de sa lance des dizaines de colons durant leur sommeil. La terreur s’installa de nouveau et on organisa à la hâte une nouvelle chasse à l’homme. Un véritable cordon humain fut mis en place tout le long du littoral, les blancs prirent le contrôle de toutes les sources d’eau de la région en plaçant un garde jour et nuit à chacune d’entres elles pour être sur que le fugitif ne pourrait pas survivre bien longtemps et mourrait d’épuisement par déshydratation.
La stratégie porta ses fruits puisque après trois semaines de cavale, Alec Bilburn fut retrouvé agonisant, épuisé par tant de fuite au pied d’une colline surplombant un village colon dont il comptait voler les œufs des poules durant la nuit. La condamnation fut sans appel, on coupera la tête d’Alec Bilburn sur la place publique de Perth.
Toute la population se réunit pour l’occasion afin de « fêter » l’événement et la tête d’Alec Bilburn fut tranchée nette au milieu des hourras et des cris de joie de la foule à bout de nerf de cette histoire. Sa tête Bilburne fut alors plantée sur une lance et exhibée à l’entrée du port de Fremantle afin que chaque nouveau marin qui arrive sache qu’on avait « enfin » eu la peau d’Alec Bilburn.
La légende raconte que le corps d’Alec Bilburn est encore conservé secrètement dans un musée au Sud de Londres et si vous avez la chance un jour d’aller sur l’île de Rottnest Island, vous vous apercevrez qu’il y a toujours un corbeau qui vous épie de vos moindres mouvements sur l’île en vous fixant bien droit dans les yeux.
Alec Bilburne, en s’échappant de l’île pris également soin d’y répandre une malédiction. Ainsi, de nos jours, l’île accueille beaucoup de jeunes touristes qui viennent se débaucher et faire la fête jusqu’à en être malade d’éthylisme. Pour les plus sensibles aux histoires aborigènes, ils peuvent ressentirent la présence pesante d’Alec Bilburn dans l’air et ne se sentent pas confortable sur l’île.
Aussi, chaque année, une course de natation est organisée entre Fremantle et Rottnest Island pour parcourir au plus vite et sans assistance les 19 km qui séparent l’île et l’année dernière on compta un mort succombant à une crise cardiaque lors de l’épreuve. Enfin pour terminer, vous rappelez-vous d’une des femmes d’Alec Bilburne qui fut retrouvé et tué au pied d’un arbre dans le bush. Hé bien à cet endroit, trois policiers ont été retrouvé l’année dernière morts de manière inexplicable au pied de cet arbre. La légende continue…
Posted by Jean-Philippe at mai 16, 2006 02:36 PM